RIVAGES d'ici et d'ailleurs

RIVAGES d'ici et d'ailleurs

LES GASTÉROPODES

 Les gastéropodes sont omniprésents sur l’estran rocheux. Chaque espèce a développé des aptitudes particulières pour vivre sur une partie déterminée de l’estran. Ces mollusques, coiffés d'une ou deux paires de tentacules sur la tête, sont observables de la zone des lichens noirs (présence des littorines bleues) jusqu’à la zone des laminaires (présence des helcions). Les espèces présentées ici sont les prosobranches (littorines, troques, patelles…) caractérisées habituellement par une coquille unique et des branchies situées à l’avant du cœur. Il y a aussi un autre groupe, les opisthobranches (lièvres de mer, nudibranches…) appelés communément « limaces de mer » munis de branchies situées à l’arrière du cœur. Un seul représentant du groupe des pulmonés, la limace celtique, nous livrera également sa petite histoire. 



Les 4 littorines
Les 4 littorines :

Les plus petites, la littorine bleue, (en haut à droite) et la littorine des rochers (en haut à gauche) sont méconnues en comparaison de la littorine obtuse (en bas à droite) et du bigorneau (en bas à gauche). Les premières sont donc discrètes, cachées dans des anfractuosités au niveau de la zone des embruns tandis que les secondes, plus grosses, sont facilement observables dans les flaques et sur les algues à marée basse.  


La littorine bleue
La littorine bleue :

C’est la petite reine des embruns (4 mm de haut) et la plus haut perchée. Quand on l’observe à hauteur d’œil dans les fissures des rochers, elle semble libérée du milieu aquatique comme l’illustre bien la photographie. Elle est d’ailleurs quasiment terrestre: plus de branchies mais pas encore de réels poumons. C’est sa cavité palléale fortement vascularisée qui réalise les échanges gazeux. Elle affectionne le broutage des lichens comme la verrucaire noire et les « siestes » de plusieurs heures, opercule fermé, dans des anfractuosités.


La littorine des rochers
La littorine des rochers :

Parfois en compagnie de la littorine bleue, la littorine des rochers est généralement localisée à l’étage en dessous: au niveau du buissonnant lichen pygmée ou de celui des balanes. Un peu plus grande (10 mm) que sa voisine du dessus, elle a sur sa coquille des sillons bien marqués et partage la même caractéristique physiologique que la littorine bleue: l'absence de branchies et une ébauche de poumon. Elle est par contre hermaphrodite et ovovivipare : c'est-à-dire que les larves se développent pleinement dans une poche incubatrice pour donner naissance à de minuscules littorines rampantes. Il n’y a donc pas de phase planctonique pour les larves dans le milieu aquatique.


La littorine obtuse
La littorine obtuse :

C’est le bigorneau jaune, celui qui fréquente les algues brunes sur l’estran. La littérature scientifique indique qu'il broute les algues microscopiques à la surface des fucus et que la couleur de la coquille varie selon l’habitat (côte abritées ou côtes exposées). J’ai pourtant souvent rencontré les individus brun/vert en compagnie de ceux à la livrée jaune. Par contre, à la différence des deux espèces précédentes, la respiration de la littorine obtuse se fait bien par des branchies situées à l’avant du cœur.    


Le bigorneau
Le bigorneau :

Le plus connu et le plus mangé des gastéropodes de l’estran rocheux. C’est la plus grande des littorines (30 mm). L’adulte gris ou noir est souvent confondu avec le troque épais tandis que le jeune bigorneau de couleur crème ou marron peut l’être avec la littorine des rochers. Le bigorneau c’est aussi, le petit corps spiralé que nous sortons avec une petite aiguille de sa coquille et l’opercule coriace qui reste collé à son pied tendre. Mis à part l'homme son principal prédateur, il est dit que des crabes, des poissons et même des oiseaux peuvent le manger. J'aimerai bien voir comment ils procèdent.


Les 4 troques
Les 4 troques :

Les troques se répartissent successivement sur l’estran : le troque épais (en haut à gauche) arrive en premier sur les rochers en compagnie des patelles, vient ensuite progressivement le troque ombiliqué (en bas à gauche) puis le troque de Pennant (en bas à droite) bien visibles dans les flaques et pour finir le troque cendré (en haut à gauche) caché la plupart du temps sous les pierres. Dans cette famille, les sexes sont séparés et la fécondation est externe: c'est à dire que les gamètes mâles et femelles se rencontrent dans l'eau. En plus des tentacules présentent sur la tête, les troques en possèdent au moins trois paires au niveau du pied. Elles broutent des algues microscopiques comme les diatomées et des débris d'algues.


Le troque épais ou la monodonte
Le troque épais ou la monodonte :

C'est le faux sosie du bigorneau. Sa ressemblance toute relative lui vaut parfois de finir sur un plateau de fruit de mer. Il est vrai que la taille est le milieu de vie sont semblables entre les deux espèces. Mais les zigzags bruns ou verts observables sur la coquille du troque épais ainsi que la nacre présente au niveau de l’ouverture et au sommet de la coquille (voir le montage photographie des 4 troques) permettent normalement une bonne différenciation entre les deux espèces. Par contre, son aptitude à vivre en haut de l’estran bien souvent hors de l’eau, met en évidence une adaptation physiologique : une cavité palléale fortement vascularisée, qui n'est pas encore un poumon, participe aux échanges gazeux et remplace les branchies. Nous rencontrons aussi cette adaptation chez la littorine bleue et la littorine des rochers.


Le troque ombiliqué ou la gibbule ombiliquée
Le troque ombiliqué ou la gibbule ombiliquée :

Le petit trou (ombilic) présent au centre de la coquille juste au dessus de l’ouverture, visible sur l'individu de gauche sur la photo, à donné son nom à ce troque. C’est le critère important pour différencier facilement cette espèce avec le troque de Pennnant. Les larges bandes violets/roussâtres qui traversent la coquille de haut en bas, et un apex souvent usé et faisant apparaître le nacre sont aussi des critères de reconnaissance. En avançant sur l’estran le troque épais remplace progressivement le troque ombiliqué tandis que le troque de Pennant fait de même avec le troque ombiliqué un peu plus loin.


Le troque de Pennant ou la gibbule de Pennant
Le troque de Pennant ou la gibbule de Pennant :

Un naturaliste italien du 18ème siècle honora un autre naturaliste britannique, Thomas Pennant, en attribuant à ce troque son patronyme. Gibbula pennanti pour les intimes a longtemps été assimilée à Gibbula umbilicalis. Chez le troque de Pennant, l’ombilic est pourtant absent sur les individus adultes et les motifs en damier autour de l’ouverture sont vraiment caractéristiques (voir individu à gauche sur la photo).


Le troque cendré ou la gibbule cendrée
Le troque cendré ou la gibbule cendrée :

C’est le plus discret des troques : peu visible dans les flaques, il apprécie les côtes abritées et les parties ombragées sous les pierres ou les algues. Il succède progressivement au troque de Pennant sur l’estran jusqu’au niveau des laminaires. La coquille finement rayée de brun sur fond clair rend Gibulla cineraria facilement reconnaissable.


La patelle commune
La patelle commune :

La patelle (bernique, chapeau chinois…) est un gastéropode atypique de l’estran. Elle fait corps avec le rocher : elle revient en effet toujours à son emplacement initial après des excursions nocturnes à marée haute pour brouter tout ce qui lui passe sous la radula. Sa consommation d’algues microscopiques n’est pas exclusive, elle broute aussi des algues vertes et brunes. Des populations de fucus régressent parfois fortement sous la pression constante de ce mollusque. Les jeunes patelles sont mâles et deviennent femelles avec l’âge. Des pêcheurs à pied la consomment parfois ainsi que des oiseaux marins et des coquillages perceurs. En appuyant sur le pied d'une patelle, la petite tête et les deux tentacules font leurs apparitions.


L'helcion
L'helcion :

L'helcion est une jolie patelle qui vit exclusivement sur les différentes espèces de laminaires. On la rencontre donc à la faveur d'un fort coefficient de marée. C'est toujours un réel plaisir de rencontrer ces coquillages translucides au point noir unique d’où jaillit des rayons bleus irisés. Sur la photographie on remarque distinctement les marques que laissent les animaux sur les algues après les avoir brouter. Si la marée ne vous permet pas d'aller voir l'helcion au fond de l’estran, vous pouvez le trouver à l'occasion sur les laminaires échouées sur la plage.


La crépidule
La crépidule :

Crepidula fornicata est un peu le vilain petit canard de l'estran. C'est une espèce américaine introduite à la fin du 19ème siècle en Angleterre, puis par la suite dans le reste de l'Europe par le biais du commerce des huîtres. Sa prolifération dans les baies sur nos côtes fait régresser la biodiversité. Les nombreux individus que nous trouvons dans la laisse de mer proviennent surtout de la zone infralittoral. Bien qu'elle soit munie d'une radula, elle filtre l'eau pour se nourrir, comme les bivalves qu'elle concurrence. Pour information, fornicata ne fait pas référence à la capacité importante de la crépidule à se multiplier mais à la forme de la coquille et à l’empilement caractéristique des individus (fornix en latin signifie: voûte). 


Les grains de café ou porcelaines
Les grains de café ou porcelaines :

Avant de devenir un porte bonheur, un talisman dans nos poches, les grains de café sont d'abord des gastéropodes carnivores (mangeurs d'ascidies encroûtantes). Deux espèces sont présentes sur nos côtes: à gauche, Trivia monacha avec ses trois tâches sombres caractéristiques sur la coquille, à droite Trivia artica plus petit et sans tâches. Observables vivants à la faveur de forts coefficients de marée, les grains de café peuvent rétracter leur corps à l'intérieur de la coquille ou se déployer à l'extérieur: Dans ce cas de figure, le manteau vient recouvrir la coquille (comme sur la photo à gauche), le pied glisse sur le substrat et la tête fait apparaître deux tentacules et un siphon.


Le grain de café face ventrale
Le grain de café face ventrale :

On observant la face ventrale du grain de café, on comprend mieux l'origine du nom vernaculaire. Son nom scientifique Trivia monacha est intéressant à plus d'un titre: Trivia signifie trois chemin. On donnait ce surnom à Diane ou à la déesse Hécate, en honneur desquelles on élevait des sanctuaires à la croisée des chemins. Tandis que monacha vient du grec monachos: solitaire et signifie nonne en latin. Les deux déesses citées plus haut sont associées à l'eau, à la lune et à la fertilité, elles sont vierges et magiciennes. La fente sur la face ventrale du coquillage véhicule un imaginaire féminin évident, à l'origine de son étrange nom latin. On peut supposer que les trois tâches sombres qui maculent la coquille claire évoquent les trois chemins (Trivia). 


Lamellaria perspica
Lamellaria perspica :

La seule fois où j'ai rencontré cette espèce, j'avais l'impression d'être en présence d'une limace. Et bien non, c'est un coquillage très modifié. La coquille est en effet recouverte totalement par le manteau de l'animal. Le siphon qui dépasse sur l'avant a été l'élément décisif pour me mettre sur la piste de cette famille de gastéropodes. L'animal carnivore mange des ascidies ou des cnidaires. 


Le pourpre avec sa ponte
Le pourpre avec sa ponte

Le pourpre aux différents aspects
Le pourpre aux différents aspects

Le cormaillot
Le cormaillot

Le cormaillot avec sa ponte
Le cormaillot avec sa ponte