RIVAGES d'ici et d'ailleurs

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Les littorines, de la falaise "aux abysses"

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En haut à droite, la littorine bleue, et à gauche, la littorinne des rochers. En bas à droite la littorine obtuse, et à gauche, le bigorneau.

 

Observer attentivement quelques espèces d’une même famille vivant dans un même milieu naturel permet d’appréhender un zeste de complexité en observant leurs répartitions, adaptations et évolutions respectives. Pour cette raison, j’ai choisi de vous présenter des espèces communes, les littorines : Les quatre principales fréquentant l’estran rocheux. Difficile de voir ce petit monde en action dans la journée puisque à marée basse, les littorines sont la plupart du temps, au repos, opercules fermés. Commençons par la plus haut perchée. Celle qui rechigne adulte à tremper son pied dans l’eau : la petite littorine bleue. Elle vit sur les falaises, souvent à hauteur d’yeux au niveau de la verrucaire noire, un lichen noir que sa radula semble apprécier. Ce mollusque se cache dans de petites anfractuosités et est aspergé de temps en temps par les embruns : Il redescend au niveau des balanes à la faveur des marées de mortes eaux. C’est le parfait exemple d’une espèce qui reste sous l’influence de l’océan tout en essayant de s’en extraire. Chez la littorine bleue, les sexes sont séparés, et la fécondation interne : Elle libère ses œufs dans l’eau ou les larves pélagiques vont ensuite dérivées quelques temps avant que les individus devenus benthiques rejoignent leur petite niche écologique. Cette littorine a perdu ses branchies et ne dispose pas encore de véritable poumon. Sa cavité palléale est fortement vascularisée et contribue aux échanges gazeux.

 

A l’étage en-dessous, nous trouvons la littorine des rochers, plus grosse que la précédente et reconnaissable à sa coquille jaunâtre aux sillons plus ou moins profonds.  Nous la rencontrons la plupart du temps au niveau des balanes bien que parfois elles puissent remonter vers la littorine bleue ou descendre vers le lichen pygmée et la pelvetie (un fucus). Comme l’espèce précédente, elle n’a plus de branchies et dispose d’une ébauche de poumon. Par compte, ses œufs se développent dans la cavité palléale de l’animal et donneront naissance directement à des individus benthiques sans passer par le stade larvaire comme pour la littorine bleue. Chez la littorine des rochers, à la différence de la bleue, les individus sont hermaphrodites.

 

Encore plus bas, au rez-de-chaussée cette fois, le bigorneau nous fait revenir à une vie plus aquatique, il dispose d’une branchie et peut même se réfugier à quelques mètres de profondeur en hiver pour se préserver du froid. A la belle saison, il remonte vers l’estran pour se reproduire et disperser ses œufs dans l’eau. Sa pêche parfois importante n’aurait pas d’incidence majeure sur la pérennité de l’espèce. A noter que les touristes de passage, les pauvres, confondent bien souvent le bigorneau avec le troque épais, qui doit parfois donc se faire manger par erreur. L’excellent site internet Doris nous apprend que des bigorneaux auraient vécus dix années en captivité et que mis à part l’homme, il aurait comme prédateur les goélands, les crabes et certaines étoiles de mer. Il est a noté que le bigorneau supporte apparemment assez bien la vie dans les estuaires, j’ai trouvé cette année dans la laisse d’une plage de Paimboeuf plusieurs coquilles en compagnie des bivalves habituelles des vasières: coques et scrobiculaires.

 

Pour finir la plongée «dans les abysses», nous arrivons au très rond bigorneau jaune ou littorine obtuse. Des individus sont parfois teintés de vert, cette couleur trahit la présence d’une algue unicellulaire incrustée dans la coquille. C’est celle que l’on découvre comme un petit joyau qu’elle soit vivante sous un thalle d’algue brune ou morte sur la plage. A la différence du bigorneau, la littorine obtuse craint le desséchement et reste par conséquent bien cachée au frais dans les fucus. Elle apprécie les zones plutôt calmes, avec de bonnes densités d’algues brunes. On commence à la rencontrer sur la côte de jade à partir de la commune de Préfailles. La baie de Bourgneuf, Des moutiers en Retz à Pornic, lui semble peu favorable. Elle possède comme le bigorneau une branchie à l’avant du cœur mais reste inféodée à la seule zone de balancement des marées. Cette littorine innove à sa manière: c’est la seule qui dispose ses œufs dans un petit cocon gélatineux collé sur une algue. 

 

Bien entendu toutes ces littorines ont un message à nous délivrer : arpentez les estrans les ami(e)s. Si ce n’est pas possible dans les jours qui viennent vous pouvez consulter en attendant ces sites Internet, http://doris.ffessm.fr/ , http://www.nature22.com/estran22/estran.html ou ce blog  http://rivages.blog4ever.com/    

 

Article pour Bretagne Vivante, Mai 2013

 

James GUILLON

 



13/02/2014
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